Quand la musique (pour robots) est bonne 1


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HEADBANGING SCIENCE N°38

Squarepusher, Sad Robots Goes Funny

Jusqu’à présent, faire de la « musique robotique » n’était pas précisément un éloge de votre sens inné du groove. Mais à force de tenter d’imiter les humains, les robots humanoïdes, déjà apprentis infirmiers, secouristes, pompiers, gardiens de prisons, auxiliaires de puériculture, professeurs d’anglais, etc., pourraient bien ajouter une corde à leur violon, celle de musiciens enfin convaincants, après une série de tentatives tout au plus dignes de l’Euro(bo)vision…

C’est au musicien de musique électronique anglais Thomas Jenkinson, aka Squarepusher, de l’écurie Warp, que l’on doit l’exploit de faire sonner des tas de ferraille de façon véritablement intéressante tout en gardant sa patte personnelle, sorte de mix barré entre breakbeats et free jazz. Extrait du EP Music For Robots, voici les robots en question jouant Sad Robots Goes Funny :

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Ces robots ne vous se sont peut-être pas inconnus. Il s’agit de Z – Machines, un groupe japonais constitué de trois musiciens-robots : Cosmo, le claviériste, dont les yeux lancent des rayons laser (bof, ça vaut pas la pyrotechnie du black metal), Mach, le guitariste aux 78 doigts et 12 médiators, qui ridiculisent tous les shredders, et Ashura, le batteur aux six bras (soit 5 de plus que Rick Allen) et aux 22 baguettes.

Ce power trio est l’œuvre de Yoichiro Kawaguchi, artiste et professeur d’informatique à I’Université de Tokyo et de Naofumi Yonetsuka, concepteur en mécanique. L’ambition du projet est purement musicale : Machine- Z s’est déjà produit sur scène au Japon avec le duo pop Amoyamo, pour un résultat nettement moins emballant, et ambitionne d’être le premier groupe à jouer sur la Lune (pour de vrai, pas comme Rammstein !). La collaboration avec Squarepusher fait partie intégrante du projet et a nécessité un mois de composition et deux mois de travail additionnel sur les robots, ce qui explique la qualité musicale du résultat.

Dans le courant de l’année 2013, Compressorhead, un autre groupe de robots, allemand cette fois-ci, avait créé un petit buzz en jouant en public en Australie et en interprétant différents morceaux de bon goût, dont le Ace of Spades de Mötörhead :

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Ça ressemble à Z –Machines : Fingers, le guitariste, a aussi 78 doigts, Stickboy, le batteur, à quatre bras, et Bones, le bassiste… deux bras et cinq doigts comme tout le monde, mais pas la voix de Lemmy ni même une once de son jeu de basse. Malgré leur setlist de choix (ils jouent même Rage Against the Machine !), aucune des vidéos de Compressorhead que j’ai pu voir ne me convainc de l’intérêt robotique ou musical du combo.

Il existe d’autres robots-musiciens plutôt portés sur la musique classique. C’est le cas des deux robots développés par Toyota, un violoniste un trompettiste dont les bras et les mains sont nantis de 17 articulations, qui se produisent en public chez le constructeur en compagnie de vrais musiciens. Le violoniste interprète ici Pomp and Circumstance, d’Elgar.

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Personnellement, j’ai l’impression que l’humain et le robot jouent très mal, mais ce dernier à une excuse : Toyota planche sur robots d’assistance aux personnes en difficulté (personnes âgées, handicapés), pas sur des robots musiciens.

C’est également vrai de son concurrent de la firme Honda, ASIMO (Advanced Step in Innovative Mobility), qui, lui, joue les chefs d’orchestre, puisqu’il a dirigé en 2009 l’orchestre symphonique de Détroit, en première partie d’un concert du violoniste (humain) Yo-Yo Ma. Selon l’un des musiciens de l’orchestre, la technologie et la gestuelle de ASIMO ne suffisent pas à compenser le manque d’interaction entre le chef et ses musiciens : et pour cause ! le robot avait simplement été programmé pour imiter Charles Burke, le chef habituel (chacun était donc libre d’éternuer dans son instrument). Voici ASIMO à l’œuvre :

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Côté made in France, NAO, le petit robot humanoïde autonome, programmable développé par la société parisienne Aldebaran Robotics a lui aussi dirigé un orchestre, celui de l’université de Fribourg, et accompagne actuellement la troupe de Blanca Li, dans Robot !, une chorégraphie pour danseurs et robots qui explore la place des machines dans notre quotidien. Comme on peut fugitivement s’en rendre compte dans cet extrait, NAO danse à peu près aussi bien que moi. Il a en fait surtout été choisi pour son outil de programmation, qui permet de le mettre là où on veut à l’instant T, et donc de l’inclure dans une chorégraphie.

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Parmi les robots spécifiquement créés pour la musique, la création de l’Institut de robotique humanoïde de l’université Waseda à Tokyo, un robot flûtiste et saxophoniste répondant au doux nom de WF4-RV (Waseda Flutist No.4 Refined V), est la dernière version en date d’un humanoïde développé depuis 2009. Il est aujourd’hui capable de produire des notes beaucoup plus naturelles et moins hachées, grâce à l’amélioration de la forme de ses poumons et à des capteurs capables de détecter la pression de l’instrument sur les lèvres. WF4-RV interprète ici Les Feuilles mortes de Joseph Kosma : pas mal, surtout l’absence de Montand, par contre, son look de scène est vraiment terrible…

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Shimon, le marimbiste du Georgia Tech Center for Music Technology, allie lui un nom de scène pourri à une allure de mante religieuse. Mais il a la capacité remarquable d’improviser en interaction avec des jazzmen ! Il est en effet capable de déchiffrer et d’analyser les partitions, de piocher dans son répertoire de styles appris (Coltrane ou Monk, par exemple) pour partir dans des impros à partir d’un thème de base, de tourner la tête pour regarder un musicien pendant son solo ou de la hocher en rythme en se concentrant sur son jeu.

Parmi toutes les vidéos proposées par le Georgia Tech, celle-ci est est assez plaisante (indice : Shimon est celui qui n’a pas de T-shirt jaune) :

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Si tous ces projets de robots musiciens ont leurs mérites propres, je trouve tout de même qu’aucun n’arrive à la cheville de ce qu’a fait Squarepusher avec Z – Machines. Sans doute parce qu’il s’agit d’une véritable création qui tire parti du potentiel technique des robots pour composer une musique qui leur adaptée plutôt que de chercher à leur faire jouer une musique qui a été composée pour des humains, ce dont ils se sortent souvent assez mal (l’exemple le plus caricatural étant Compressorhead, avec son massacre de Mötörhead : ce n’est pas si facile que ça de jouer du rock !). Reste à voir ce que des humains ayant des capacités de robots peuvent faire musicalement, mais ça ce sera l’objet d’un prochain headbanging science !


À écouter

WAP366-Packshot_480

Squarepusher x Z-Machines – Music For Robots Tracklist
WAP366

01. Remote Amber
02. Sad Robot Goes Funny
03. World Three
04. Dissolver
05. You Endless

iTunes / Bleep

À lire

Poulpe fiction, Quand l’animal inspire l’innovation, de Agnès Guillot et Jean-Arcady Meyer, chercheurs à l’Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique de l’université Pierre et Marie Curie Paris 6 (ISIR), un ouvrage dans lequel j’ai beaucoup emprunté pour écrire ce billet et que je recommande pour un tour d’horizon de la recherche en bionique (Dunod, 240 p., 19 €)

Sur le c@fé des sciences, quelques billets récents à propos de robots et de bionique :

  1. Innorobo : le salon robotique de Lyon, par Sirtin
  2. Un robot bionique qui marche (et vibre) au poil, par Guillaume Frasca
  3. Des chercheurs créent des plantes bioniques, par Pierre Barthélémy
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Commentaire sur “Quand la musique (pour robots) est bonne

  • mpc

    Articles très bien écrits , toujours dans la nuance de l’humour avec à l’appui d’intéressantes sources documentaires