Paléontologie 2.0 2


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[edit]

Ainsi qu’on pouvait le pressentir, la grande promesse de l’expédition Rising Star (« Ce que nous sommes en train de faire est de partager la science », avançait  John Hawkes ) n’a pas été tenue. Le dernier tweet datait du @RisingStarExped. Ce fut ensuite motus et bouche cousue, jusqu’au baptême en fanfare, dans le style Lee Berger, de la nouvelle espèce Homo naledi, pour laquelle on n’a même pas encore de datation…


 

Dès sa découverte, Homo naledi connaît les feux des projecteurs…

Cela n’a pas encore l’air de passionner les foules, mais, mine de rien, il se passe en ce moment (novembre 2013) quelque chose de totalement inédit dans le petit monde de la paléontologie humaine : une collecte de fossiles d’hominidés à laquelle vous pouvez assister presque en direct, grâce aux réseaux sociaux et au web.

Nom de code : Rising Star.

Lieu : Afrique du Sud, dans le « berceau de l’humanité », un ensemble de sites inscrit au patrimoine mondial, près de Johannesburg.

Nature de l’opération : récupérer des ossements dans une cavité à 30 mètres sous terre. Un obstacle majeur à franchir : un resserrement dangereux de 18 cm de large.

On doit l’initiative au paléoanthropologue américain Lee Berger, de l’université du Witwatersrand de Johannesburg. Ce sont deux spéléologues de son équipe qui ont repéré le site. Découvreur d’Australopithecus sediba en 2008, Berger avait aussitôt soutenu que ce nouveau taxon était un ancêtre du genre Homo, entraînant quelques remous dans la communauté des paléoanthropologues.

Cette fois, ce sont les habitudes de travail et de communication de ses confrères qu’il semble décidé à bousculer, en compagnie de l’anthropologue John Hawks, de l’université du Wisconsin à Madison, blogueur très actif (http://johnhawks.net/), et du National Geographic, qui fournit une assistance de terrain et médiatique (avec un blog dédié publiant vidéos et reportages).

Berger a monté son expédition en deux coups de cuiller à pot. Le profil de la cavité, avec son goulet très étroit, l’a conduit à faire appel à ses contacts Facebook, Twitter et LinkedIn pour trouver des spéléologues menus et suffisamment expérimentés. En quelques jours, il avait 57 candidats qualifiés, dont six scientifiques ont été sélectionnés pour participer à l’excavation, toutes des femmes.

Remontée du premier ossement… Lee Berger félicite Becca, l’une des six « underground astronauts »

Remontée du premier ossement… Lee Berger félicite Becca, l’une des six « underground astronauts »

Depuis, les choses sont allées très vite :

10 novembre : à la première descente, l’équipe tient déjà une mandibule en plus d’autres os. Restes crâniens et postcrâniens, bingo ! On a peu d’espèces pour lesquelles les deux sont clairement associés.

11 novembre : les fossiles défilent, déjà 21 spécimens sortis de la cavité.

12 novembre : suffisamment de sédiments ont été évacués pour voir que les restes crâniens reposent sur des os longs. Ça sent l’extraordinaire.

14 novembre : 100 ossements sortis. En 5 jours. Et ils appartiennent à plusieurs individus, le jackpot se confirme.

Et ça n’arrête plus.

À ce jour, 22 novembre 2013, le décompte en est à 600 fragments osseux alors qu’un toute petite partie a été fouillée.

Bien, mais des fragments osseux de quoi ? Bonne question.

Berger et Hawks sont convaincus qu’en partageant leurs découvertes au fur et à mesure plutôt que d’agir dans le plus grand secret comme il est de coutume, ils feront de la meilleure science. Rising Star se veut le projet paléoanthropologique le plus ouvert jamais tenté. Appel sur Facebook, blog dédié, comptes Twitter… On est incontestablement dans une nouvelle forme de paléontologie. Mais est-ce approprié ?

Quel que soit le résultat final de l’expérience, je pense qu’on peut d’ores et déjà émettre deux réserves.

La première est que le compte-rendu est globalement assez peu explicite.


Peut-être parce que les acteurs sur le terrain n’ont pas trop de temps à consacrer à la chose – ou n’y sont pas pleinement formés.

Peut-être aussi parce qu’on est dans une recherche estampillée National Geographic : on a à voir que ce qu’ils veulent bien nous donner. C’est-à-dire des photos et des vidéos qui, franchement, ne sont pas des plus parlantes : difficile pour le grand public de se représenter la configuration des lieux, notamment le fameux passage de 18 cm, le travail des chercheuses, ou bien encore de quoi ont l’air les ossements mis au jour…

Bref, ce qui pouvait apparaître séduisant en première approche se révèle surtout très frustrant pour ce qui est du côté live & direct.

Pour ce qui est de l’aspect scientifique, là aussi on peut être dubitatif.

Le 18 novembre, sur le blog de l’expédition, John Hawks a publié un billet récapitulatif plus que bienvenu sur Ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas à l’heure actuelle. 

Et évidemment, à ce stade, on ne sait pas grand-chose, car au-delà du petit côté aventure, on est quand même dans la science.

  1. Combien y a-t-il d’individus différents ? Plusieurs. C’est tout ce qu’on peut en dire.
  2. À quelle espèce appartiennent-ils ? Pas à des humains modernes. Pour le reste, les chercheurs se refusent à spéculer.
  3. Quelle est l’ancienneté du dépôt ? On ne sait pas.

Hawks précise qu’il faudrait plusieurs mois, sinon plusieurs années, pour répondre à ces questions élémentaires.

Se pose alors une autre question : à quoi bon, dès lors, publier toutes ces informations ?

La réponse de Hawks est intéressante :

Ce que nous sommes en train de faire est de partager la science. La science, ce ne sont pas des réponses, c’est un processus. Au fur et à mesure que nous allons progresser dans l’analyse de ces restes, nous continuerons à partager ce que nous faisons. Nous sommes sûrs que cela est de nature à améliorer la science.

Dans l’immédiat, s’il s’agit de partage avec le grand public, je ne suis pas convaincu, car aucun moyen de vulgarisation n’a été déployé – mais c’est peut-être une simple question de rodage, il s’agit après tout d’une grande première, quelque peu improvisée.

Et vous, allez-vous suivre @RisingStarExped, @johnhawks, @LeeRberger, #risingstarexpedition ?

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2 commentaires sur “Paléontologie 2.0

  • homofabulus

    Moi oui! J’avais pas suivi l’affaire mais je trouve ça intéressant. Quel « moyen de vulgarisation » voudrais-tu voir déployé ? S’il n’y a pas de résultat, il n’y a pas de résultat. Ca permet aux gens de se rendre compte à quel point le processus scientifique est long et prudent. Bref, pas la vulgarisation la plus excitante qui soit mais ça ne peut pas faire de mal.