Paléomusique: le tintement du lithophone le soir au fond des grottes 4


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Le samedi 22 mars 2014, dans le Grand Amphithéâtre du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris, avait lieu la création mondiale de Paléomusique, une œuvre pour… lithophones.

Des lithophones ? Mais qu’est-ce ? En voici un court extrait sonore. La qualité est moyenne, mais vous allez bien vous rendre compte de ce que peut donner le tintement des lithophones le soir au fond des grottes…

Étonnant, non ? Les lithophones sont des instruments de musique mobiles façonnés en pierre, parmi les plus anciens que l’on connaisse. Ces pierres musicales ont été fabriquées 8000-2500 ans avant notre ère. Elles sont de différentes tailles, de section cylindrique pour certaines, plus aplaties pour d’autres. Ce qui est assez réjouissant est que l’on ignorait tout de leur fonction jusqu’en 2004 — on appelait par analogie de forme les premières « pilons », les secondes « haches », alors même que leur poids les rendait impropres à ces usages.

C’est lors du récolement des collections du Musée de l’Homme en 2004 que l’on s’est à nouveau intéressé au sort de ces pierres étranges, qui dormaient, oubliées de tous depuis leur découverte dans les sables du Sahara, au 19e siècle. C’est l’ethnominéralogiste et paléomusicologue Erik Gonthier qui, constatant qu’elles produisaient un son harmonieux et pas un bruit lorsqu’on les percutait, a compris qu’elles étaient des instruments de musique et a entrepris de leur redonner une deuxième jeunesse musicale.

Les lithophones sont façonnés à partir de schistes très denses, que les hommes du Néolithique saharien sont parfois allés chercher jusqu’à 1500 km de distance, afin d’obtenir ces instruments tintant comme des cloches de bronze. Elles sont toutes sculptées de la même façon : leur longueur doit être 4,5 fois supérieure à leur diamètre afin d’obtenir une qualité sonore optimale. Pour en jouer correctement, elles doivent être posées sur des coussinets. Les sons résonnent plus ou moins longtemps — jusqu’à 8 secondes pour un pilon noir qui constitue le « stradivarius » de la collection du muséum.

Dans Paléomusique, quatre percussionnistes jouent sur un ensemble de pierres disposées en une sorte de xylophone géant, ainsi que d’une palette d’autres percussions. Ils accompagnent une conteuse, tandis qu’en arrière-plan défile une animation visuelle sur grand écran.  Il s’agit d’une création contemporaine, mais l’espace d’un instant, on se prend à imaginer que des représentations similaires mêlant pierres chantantes, voix humaines et lumières ont pu fasciner leurs auditoires dans des cavités transformées en auditoriums préhistoriques. Un concert unique, donc — et au sens strict, puisque les lithophones ont hélas regagné leurs réserves, et devraient rester muets pour un bon bout de temps…

Erik Gonthier et ses pierres musicales

Erik Gonthier et ses pierres musicales


Paléomusique

Musique : Philippe Fénelon, création mondiale pour lithophones et bande électroacoustique, commande Radio France

Texte : Erik Gonthier, éthnominéralogiste et paléomusicologue

Comédienne : Adèle Jayle

Percussions (Orchestre National de France) : Emmanuel Curt, Florent Jodelet, Gilles Rancitelli et François Desforges

 

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4 commentaires sur “Paléomusique: le tintement du lithophone le soir au fond des grottes