le panda, ce chieur 1


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Chers lecteurs, nous allons railler le panda.

Car, ainsi que l’écrivit le biologiste américain George Beals Schaller :

« Il y a deux pandas géants, l’un existe dans nos esprits, l’autre vit dans son habitat naturel : soyeux, au pelage abondant, doté d’une étrange livrée noir et blanc, d’une grosse tête ronde et d’un corps maladroit appelant les caresses; le panda semble fait pour le jeu et les étreintes. » 

Démonstration :

24 kg de selles par jour de bambou mal digéré. Oui, Ailuropoda melanoleuca, le panda géant, est un chieur, mais ses déjections se révèle bien utiles...

« Mais le vrai panda », poursuit George B. Schaller : « tel qu’il vit à l’état sauvage, est resté avant tout un mystère. »

Le panda est donc un être double. Un Janus. Autant dire un fourbe. Et fondamentalement et littéralement, en fait de mystère, un chieur.

C’est une actualité récente qui m’a rappelé cette triste réalité : la flore intestinale du panda, dont on retrouve des traces dans ses déjections, abriterait des bactéries exploitables pour la fabrication de biocarburants.

Il se trouve que ce n’est pas la première fois qu’on songe à exploiter les déjections d’Ailuropoda melanoleuca, puisque nos amis chinois ont déjà songé à en faire un engrais pour le thé (ce qui donne une boisson valant 200$ la tasse, soit dit en passant) et que le Zoo de Beauval compte les utiliser, conjointement à celles d’autres pensionnaires pour alimenter une usine de biogaz, qui sera opérationnelle au printemps 2014 [edit: en 2016, je n’ai pas l’impression que ça ait avancé].

Il n’y a pas de fumet sans pet, comme on dit (ça se dit, non ?), et cet intérêt marqué pour les selles de notre aimable « grand ours-chat » (son nom chinois) lève le voile sur sa nature généreuse : le panda y va gaiement en matière de défécation.

(Afin d’assouvir immédiatement votre soif de connaissances, ça ressemble à ça :
24 kg de selles par jour de bambou mal digéré. Oui, Ailuropoda melanoleuca, le panda géant, est un chieur, mais ses déjections se révèle bien utiles...

C’est ce qui ressort – enfin, façon de parler – du travail de terrain mené par George B. Schaller dans les années 1980 sur les pandas du Parc naturel de Wolong, la plus vaste réserve chinoise1. Selon les données recueillies grâce à des colliers émetteurs fixés sur six animaux, le panda mène une vie trépidante : 60% du temps, il mange (du bambou, à 95%, mais aussi, à l’occasion, d’autres végétaux, voire un peu de viande, histoire de varier les plaisirs) ; le reste du temps, il roupille, déplacements, marquage olfactif et toilette étant epsilonesques dans une journée moyenne – la bagatelle rompt fort heureusement cette routine en période amoureuse.

À ce stade, on pourrait envier la paisibilité du panda. Mais c’est sans compter sur le fait que notre ami reste un ours, encore doté d’un système digestif de carnivore, et qu’il n’est pas vraiment adapté aux énormes quantités de bambou qu’il s’envoie. Schaller écrit :

 « Le panda a conservé l’appareil digestif simple du carnivore, qui ne comporte aucune poche spécifique pour retenir la nourriture et ne possède pas de microbes symbiotiques permettant la fermentation de la cellulose pour obtenir les éléments nutritifs assimilables. »

Contraint d’absorber de grandes quantités d’une nourriture qu’il assimile très mal, le panda est donc constamment en train d’évacuer l’énorme masse non digérée de son bol alimentaire. D’où le titre finaud de ce billet.

Le bon côté des choses, c’est que les pandas défèquent tellement abondamment et régulièrement que ce sont leurs déjections qui permettent avant tout aux scientifiques de les étudier sur le terrain (les observations directes des propriétaires des déjections, elles, sont rares et fugaces) : elles font office d’horloge permettant d’évaluer le temps passé par un animal en un endroit donné.

Ces petits tracas digestifs ont aussi une portée plus générale, que n’a pas manqué de souligner Stephen Jay Gould dans l’essai qu’il a consacré au sujet (La vie du panda, in Un hérisson dans la tempête, Grasset, 1994). Non, un animal n’est pas forcément « adapté » au sens évolutif :

Les pandas, bien sûr, montrent d’authentiques adaptations secondaires face à leur dilemme insurmontable et capital : se nourrir de bambous avec un appareil digestif de carnivore. Ils cueillent,  « préparent » et mâchent le bambou avec une efficacité témoignant d’une véritable évolution; ils ont même inventé un célèbre faux « pouce » pour les aider dans leur lutte. Mais, manifestement (…), le thème essentiel de la vie du panda doit être perçu comme une modification de fonctions vitales médiocrement réalisées à partir de transformations mineures de l’appareil digestif. Quand les structures anatomiques sont cooptées pour de nouvelles fonctions, à partir d’utilisations antérieures dans un contexte différent, nous ne pouvons pas parler d’adaptation. Lorsque, chez les pandas, les organes cooptés fonctionnent de manière si précaire, en appeler à l’adaptation est encore moins indiqué. 

Avis aux amateurs qui souhaiteraient troquer leur régime omnivore contre le tout végétal (nous en parlions ici) : on estime qu’un panda produit environ 24 kilos de selles par jour. Pour un poids moyen de 105 kg. Ce qui, rapporté à mon poids ferait… Oh. Nooooooon…

Peut-être est-il temps de changer notre icone de la biodiversité ?

24 kg de selles par jour de bambou mal digéré. Oui, Ailuropoda melanoleuca, le panda géant, est un chieur, mais ses déjections se révèle bien utiles...


 

  1. Les pandas géants de Wolong , de George B. Schaller, Hu Jinchu, Pan Wenshi et Zhu Jiang, University of Chicago Press, 1985
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