J’ai une capsulite rétractile

 

Séance chez le kiné - allégorie
Séance chez le kiné – allégorie

Eh bien oui, je reprends le clavier pour vous narrer mes petites misères, une fois n’est pas coutume.
Il faut dire que, pour quiconque aime les mots, la « capsulite rétractile » donne déjà envie que l’on parle d’elle. Par ailleurs, lorsqu’on apprend, interloqué, de la bouche du rhumatologue, que cette délicate pathologie va nous accompagner a minima 9 mois, et plus sûrement 12, 24 voire 36 mois jusqu’à rémission complète, le désir de faire un billet sur cette nouvelle compagne devient impérieux (la durée est la mauvaise nouvelle du rhumatologue ; la bonne est que c’est normalement bénin et que vous finissez toujours par guérir).
Ceci posé, de quoi parlons-nous ? Qu’est-ce qu’une capsulite et pourquoi diable se rétracterait-elle (alors qu’on ignorait tout de son existence jusqu’à présent) ?
« La capsulite rétractile, ou « épaule gelée », est une affection douloureuse de l’épaule responsable d’une impotence fonctionnelle majeure du membre atteint », nous annonce Wikipédia.
Plus précisément, la capsule en question est la capsule gléno-humérale, une membrane fibreuse et élastique qui ferme la cavité articulaire entre l’omoplate et l’humérus. En temps normal, cette membrane laisse l’épaule lâche, ce qui autorise les mouvements amples de l’articulation. En cas de capsulite rétractile, cette capsule s’épaissit, devient inextensible et adhère à la tête de l’humérus. Voici un beau dessin avant / après pour saisir l’étendue du problème :

Image12

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais vous avez vraiment l’épaule gelée : inutile de chercher à forcer, ça ne bougera pas d’un pouce, et de toute façon la douleur serait intolérable. Et votre mobilité est restreinte dans toute les directions : abduction (lorsque vous écartez le bras latéralement), antépulsion (la même chose en avant), rotation externe (pour vous gratter la nuque), rotation interne (lorsqu’on on vous passe les menottes si vous étiez en train de faire tous ces mouvements en pleine rue sans rime ni raison). Le bon côté de la chose est que cela vous permet d’anticiper les raideurs du grand âge et de compatir. Le mauvais est que j’ai quand même bien galéré avec mon manteau cet hiver.

Comment guérit-on la capsulite rétractile ?

L’épaule bloquée évolue en trois phases (plus ou moins imbriquées) :

  1. Une phase algique parfaitement bien nommée puisque la douleur est présente jour et nuit, voire insomniante (ce fut mon cas). C’est normalement là que vous vous décidez enfin à aller consulter un spécialiste, qui va vous soulager rapidement mais temporairement avec une infiltration.
  2. Vient ensuite la  phase de blocage proprement dite. Les symptômes douloureux s’amenuisent petit à petit (pour ma part, grâce à une deuxième infiltration, accomplie lors d’un arthroscanner de confirmation du diagnostic dont je me serai volontiers passé puisque le diagnostic était évident et que l’injection du produit de contraste dans l’articulation n’est pas un moment de franche rigolade), mais la mobilité est au plus bas. Vous allez chez le kiné (trois fois par semaine en ce qui me concerne), qui va essayer de débloquer tout cela en douceur — enfin, en douceur, c’est vite dit, on est en plein dans l’allégorie du haut à ce stade). Vous trouverez des vidéos de chiropracteurs qui vantent des méthodes bien plus rapides : je n’ai pas testé, mais j’ai quelques doutes…
  3.  On passe après à la phase de récupération fonctionnelle, durant laquelle la raideur articulaire devient indolore au quotidien et où vous allez — très lentement — récupérer de l’amplitude articulaire en continuant vos séances de kiné. Attention, j’ai bien dit: très lentement

Pourquoi la capsule se bloque-t-elle ?

Ça c’est la partie la plus intrigante de l’affaire, puisque il semble que le mécanisme de cette diminution de volume de la capsule demeure largement inconnu— et si l’on peut comprendre qu’un organe quelconque se mette en grève pour se protéger des traitements qu’on lui fait subir, on a du mal à comprendre comment celui-ci ne se rétablit pas de lui-même (j’imagine que si les animaux se tapent des capsulites dans la nature, ils ne survivent pas très longtemps avec un tel handicap). Pour ce qui est du profil des personnes atteintes, c’est un peu la loterie, même si l’affection touche d’avantage les femmes, vers la cinquantaine. Les risques sont également accrus en cas de problèmes de thyroïde, de Parkinson et de diabète. Enfin, un traumatisme psychique fort peut en être la cause. L’affection survient aussi parfois aussi en cas d’immobilisation suite à un AVC, un problème cardiaque ou une chirurgie, et je vais pour terminer insister sur cette notion d’immobilisation…

J’aimerais en effet donner un conseil aux personnes qui, comme moi, ont à un moment, suite peut-être à un effort un peu trop violent, ressenti une douleur à l’épaule, a priori sans gravité. C’est ce qui m’est arrivé: tout est parti, je crois, d’une petite tendinite pas vraiment soignée, puisque je suis allé skier avec (ce qui n’était sans doute pas la meilleure idée lorsqu’on combine le sens des trajectoires de Schumacher avec la technique de Balasko). Résultat, la tendinite (ou quoi que ce pouvait bien être) s’est installée, et pendant quelques semaines, j’ai essayé de bouger l’épaule le moins possible en escomptant que cela allait passer. Erreur fatale, puisque c’est précisément lorsqu’on limite l’amplitude de mouvement de l’épaule que les tissus conjonctifs autour de l’articulation gléno-humérale s’épaississent et se contractent. Autrement dit, plus vous avez mal et moins vous bougez. Et moins vous bougez plus votre épaule se bloque, ce qui vient renforcer la douleur, et ainsi de suite. Gagné, vous maintenant une belle capsulite rétractile !

La morale de cette histoire est donc la suivante : si vous avez une tendinite ou une blessure quelconque de l’épaule qui entraîne une immobilisation, faites-la soigner correctement (cad pas par le pédiâtre de votre fils qui n’est pas vraiment versé dans ces affaires) et suivez un programme de réadaptation approprié. Et partez au ski l’année prochaine.

Portez-vous bien.

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