headbanging science Fri, 27 May 2016 09:10:28 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.6.1 /wp-content/uploads/2016/01/cropped-carré-32x32.png headbanging science 32 32 Qui était Néandertal ? L’enquête illustrée /etait-neandertal-lenquete-illustree/ /etait-neandertal-lenquete-illustree/#respond Wed, 13 Apr 2016 09:09:06 +0000 /?p=5668 Donnez naissance à une nouvelle espèce de livre de science, mêlant travail du chercheur et interprétation du dessinateur   Je ne sais pas vous, mais moi personnellement, je suis parfois un peu frustré, lorsque je lis un livre sur la préhistoire, par ce qu’il nous est donné à voir. Des os, des silex, de l’art, […]

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Donnez naissance à une nouvelle espèce de livre de science, mêlant travail du chercheur et interprétation du dessinateur

Emmanuel Roudier, Antoine Balzeau, Qui était Néandertal?

 

Je ne sais pas vous, mais moi personnellement, je suis parfois un peu frustré, lorsque je lis un livre sur la préhistoire, par ce qu’il nous est donné à voir. Des os, des silex, de l’art, OK. Là, on a pléthore. Mais qu’en est-il des représentations de nos ancêtres ? Prenons Néandertal, notre très proche parent. Vous connaissez peut-être certaines reconstitutions et, globalement, vous savez sans doute à peu près à quoi ressemble un Néandertalien.

Seulement voilà. Néandertal enterrait ses morts… mais l’avez-vous déjà vu faire ? Néandertal était un chasseur de gros gibier émérite…. mais pouvez-vous vous représenter une scène de chasse aux chevaux avec son groupe de chasseurs, de rabatteurs, leurs lances, les chevaux affolés qu’ils traquent ? Néandertal fabriquait des outils lithiques… mais l’avez-vous déjà vu enseigner à ses enfants de quelle façon procéder ? Et la fameuse rencontre entre Néandertaliens et Homo sapiens, comment cela a-t-il bien pu se passer ?

Sur tous ces sujets, nous sommes encore un peu aveugles, non ? Heureusement, les amis Antoine Balzeau – paléoanthropologue spécialiste des Néandertaliens – et Emmanuel Roudier – illustrateur et auteur de BD sur la préhistoire reconnu – m’ont proposé de publier aux Editions Belin un magnifique projet, Qui était Néandertal ? L’enquête illustrée. A la croisée des sciences et de l’illustration, cet ouvrage hors-norme dans la vulgarisation scientifique va faire dialoguer parole du chercheur et vision de l’artiste, et permettra à tous les publics, jeunes, moins jeunes, fins connaisseurs ou néophytes, de comprendre qui étaient les Néandertaliens et comment ils vivaient.

Evidemment, les beaux projets, c’est parfois un peu difficile à mettre en place. Et c’est là que nous avons besoin de votre coup de pouce : nous avons mis en place une campagne de financement participatif Ulule où vous trouverez tous les détails du projet et les contreparties que nous proposons à tous nos soutiens.

Merci de relayer cette information auprès de toute personne que vous soupçonneriez d’être fan de préhistoire (passion suspecte pour les cailloux, tropisme périgourdin, enfant crayonnant les murs de sa chambre, etc.) !

Nous allons aussi essayer de vous dévoiler pas à pas comment l’auteur et l’illustrateur travaillent main dans la main, alors n’hésitez pas à passer nous voir sur le site régulièrement.

Merci à vous tous !

 

Pour soutenir et diffuser Qui était Néandertal ? 


 

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Faut-il avaler le sperme de calmar ? /faut-avaler-sperme-de-calmar/ /faut-avaler-sperme-de-calmar/#comments Mon, 28 Mar 2016 19:00:50 +0000 /?p=5653 Non, surtout pas ! Attention, je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas et vous avez bien raison de vous poser cette question des plus banales, mais disons que c’est quand même assez déconseillé. Voici pourquoi. En 2011, une femme coréenne âgée de 63 ans vint consulter les médecins en raison […]

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Non, surtout pas !

Attention, je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas et vous avez bien raison de vous poser cette question des plus banales, mais disons que c’est quand même assez déconseillé. Voici pourquoi.

En 2011, une femme coréenne âgée de 63 ans vint consulter les médecins en raison de la présence dans la cavité buccale de corps étrangers inconnus lui causant de vives douleurs. L’infortunée patiente venait de déguster un calmar, pourtant cuit mais peut-être un peu rapidement, à qui les organes génitaux n’avaient pas été enlevés.

Les docteurs purent poser un double diagnostic. D’une part, le calmar était un mâle. D’autre part, les corps étrangers à l’origine des douleurs ressenties par la patiente n’étaient autres que du sperme de calmar, ou plus exactement des spermatophores, les capsules contenant les spermatozoïdes que produisent les mâles de nombreux espèces animales, arachnides, insectes ou encore céphalopodes.

Une femme mise enceinte par un calmar ?

L’incident fit l’objet d’un compte-rendu scientifique dans le Journal of Parasitology, sobrement intitulé « Penetration of the Oral Mucosa by Parasite-Like Sperm Bags of Squid: A Case Report in a Korean Woman »1. L’article suscita l’étonnement de la presse grand public, qui fit preuve de beaucoup moins de retenue dans la présentation des faits, la palme revenant sans doute à Sud-Ouest, qui titrait : « Une femme mise enceinte par… un calmar », puis racontait doctement que « Le céphalopode, tout excité par la chaleur, en a[vait] profité pour laisser derrière lui plusieurs spermatozoïdes », et que le médecin avait trouvé « une douzaine de bébés calmars accrochés dans les gencives, la gorge et l’œsophage de la patiente. » Amis de la rigueur journalistique, bienvenus !

Ces mésaventures culinaires sont en réalité assez courantes. Elles offrent d’ailleurs aux scientifiques l’opportunité d’étudier la façon dont fonctionnent les spermatophores. Dans un papier publié dans Zoomorphology2, le biologiste José Eduardo Marian, de l’université de São Paulo, recensait dans la littérature médicale pas moins de 16 cas documentés de blessures buccales occasionnées par l’ingestion de calmars crus ou blanchis, la plupart au Japon ; les blessures sont relevées sur la langue, les lèvres, les joues, les gencives ou dans le palais, voire dans les parties supérieures du tube digestif ; bref là où le calmar trouve à se soulager de façon posthume. A vrai dire, le phénomène est si bien connu que pas un chef qui se respecte au Japon n’oublierait d’enlever les gonades d’un calmar avant de le préparer et de le servir à ses clients.

Pour comprendre l’origine des douleurs buccales ressenties par les consommateurs imprudents, il faut se représenter le véritable challenge que représente la sexualité des calmars en plein océan. Ballotés par les courants, il n’est déjà pas facile pour deux corps mollassons de s’unir. Pour cela, les mâles de certaines espèces possèdent un ou deux bras, appelés bras hectocotyles, qui permettent d’acheminer les spematophores du pénis du mâle au corps de la femelle ; d’autres n’ont pas d’hectocotyle mais sont dotés d’un très long pénis (parmi les plus grands du règne animal) ; les plus veinards sont équipés à la fois d’un long pénis et d’un hectocotyle, histoire d’assurer fermement l’arrimage de bobonne. Reste, qu’il n’est pas évident, une fois l’affaire réglée, que le sperme de monsieur reste solidement collé là où il faut plutôt que de s’en aller nourrir les poissons.

Heureusement, le calmar a inventé le spermatophore, l’outil idéal pour la propagation de ses gènes. En un mot, le spermatophore est une grenade bourrée de sperme, qui en explosant va permettre à celui-ci de coller fermement sur le manteau de la femelle. L’éjaculat du calmar est donc à double détente : le mâle éjacule des spermatophores qui eux-mêmes vont libérer des spermatozoïdes, au cours d’un processus baptisé réaction spermatophorique.

Structure d’un spermatophore. Les principaux éléments sont : cp bouchon, cb ciment, sf filament en spirale, sm masse de sperme. Crédit: Marian (2012)

Structure d’un spermatophore. Les principaux éléments sont : cp bouchon, cb ciment, sf filament en spirale, sm masse de sperme. Crédit: Marian (2012)

 

Le spermatophore se présente sous la forme d’une capsule en forme de fiole, d’une longueur allant de moins de 1 mm jusqu’à 25 cm chez le calmar géant, fermée par un bouchon. Lorsque ce bouchon est ôté, la réaction spermatophorique se produit. Elle consiste en une évagination (c’est-à-dire l’expulsion d’un organe hors de sa gaine) d’un ensemble très complexe composé d’un appareil éjaculatoire (avec des filaments enroulés faisant office de ressort), d’une masse de sperme et d’un « ciment » adhésif. Le ciment et le sperme viennent se fixer solidement sur le corps récepteur, formant ainsi un spermatangium, tandis que l’enveloppe vide du spermatophore et un peu de sperme libre s’en vont flottant au gré du courant. Le sperme contenu dans le spermatangium peut ainsi patienter plusieurs jours avant de pouvoir se frayer un chemin pour féconder les ovules de la femelle.

Passion scarification

Pendant longtemps, les chercheurs ont pensé que les spermatophores ne faisaient que venir se coller au corps de la femelle grâce à ce ciment adhésif. Mais cela ne suffisait pas à expliquer pourquoi avaler du sperme de calmar par mégarde pouvait s’avérer aussi douloureux. En 2007, les chercheurs Henk Jan Hoving et Vladimir Laptikhovsky ont démontré que les spermatophores peuvent en réalité s’implanter dans le corps de la femelle, et non pas simplement se coller à son manteau. Dans son étude de 2012, José Eduardo Marian a pu examiner en détail ce phénomène. Il a pour cela réinterprété le cas d’une jeune japonaise de 21 ans, elle aussi « agressée » par un calmar, en 2011. Marian a observé des coupes histologiques des biopsies du palais de la jeune femme, présentant des spermatangia implantés, ainsi que des échantillons du calmar coupable, présentant des spermatophores intacts – en d’autres termes, des grenades éclatées, avec les éclats plantés dans la chair de la victime, et des grenades intactes –, ce qui lui a permis, par comparaison, de comprendre un peu mieux les mécanismes à l’œuvre dans l’éjaculation calmarienne.

Des particules étoilées d’un spermatophore de Doryteuthis plei. Oui, ça ressemble à des machins de ninja - ça fait mal. Source Marian

Des particules étoilées d’un spermatophore de Doryteuthis plei. Oui, ça ressemble à des machins de ninja – ça fait mal. Source Marian

 

Marian met en lumière le rôle central joué par une foule de petite particules en forme d’étoile qui, en venant se planter dans les tissus de la femelle, vont aider le spermatophore puis le ciment à adhérer. Le spermatophore n’est donc pas d’un simple instrument à coller du sperme. La scarification du tissu récepteur est, selon Marian, à la base même de son fonctionnement. Un spermatophore est une machine à occasionner des coupures, et la seule inconnue est leur profondeur. Pas étonnant, dans ces conditions, que les infortunés avaleurs de sperme de calmar ressentent une douleur cuisante !

Marian note également que le déclenchement du spermatophore se produit de façon parfaitement autonome : le mâle n’est pour rien dans l’affaire (une incision volontaire du corps de la femelle avait été postulée pour certaines espèces des profondeurs), et la femelle pas plus (nul besoin d’invoquer des caractéristiques spécifiques du tissu récepteur ou un quelconque stimulus chimique), ce qui ce qui explique qu’être mastiqué par le premier venu suffit à provoquer mécaniquement l’incident douloureux, quand bien même le propriétaire des spermatophores a passé le tentacule à gauche ; dans la nature, la réaction se déclenche automatiquement, peut-être en raison de la friction lors de la sortie du pénis ou simplement au contact avec l’eau de mer.

L’espèce de calmar étudiée par le chercheur brésilien n’avait pu être déterminée. Le céphalopode sans-gêne incriminé dans l’épisode mentionné en ouverture de ce billet, lui, appartient à l’espèce Todarodes pacificus, également connue sous le sobriquet de Toutenon japonais. Il s’agit de calmars d’une vingtaine de centimètres que l’on trouve en abondance dans les eaux du Pacifique Ouest, du 20° N au 60° N, et qui font une prise de choix pour les pêcheurs japonais ou coréens (plusieurs centaines de milliers de tonnes annuelles). Lorsqu’ils ne se font pas bouffer par quelque gourmet asiatique en sashimi, séché, sous forme de produit transformé, surgelé ou en boite, les Todaredes pacificus sont la proie des raies, des dauphins, des dorades coryphènes, des baleines ou encore des otaries à fourrure.

Quand il n’est pas occupé à éjaculer dans la bouche de la ménagère de plus de soixante ans, notre toutenon japonais se distingue par son aptitude à planer quelques secondes au-dessus de l’eau. Dans une étude publiée dans la revue Marine Biology en 20113, des biologistes japonais de l’université d’Hokkaido qui ont pu assister à l’envol de toute une escadrille, constatent qu’ils sont capables de modifier leur trajectoire aérienne grâce à leurs nageoires et à leur tentacules déployés en éventail, ce qui leur fait dire qu’ils volent plus qu’ils ne planent, le tout à près de 40 km/h durant trois secondes.

Escadrille de dangereux éjaculateurs

Escadrille de dangereux éjaculateurs

Quel merveilleux spectacle ce doit être…

Enfin, nous espérons tout de même, qu’avertis des mœurs singulières de ce calmar, nos scientifiques japonais ne sont pas restés trop longtemps bouche bée devant ces éjaculateurs volants !

Quant à vous, vous reprendrez bien un menu B12?

Cliquer ici pour voir la vidéo.


 

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Scandale : il n’y avait pas de mammouth au menu ! /scandale-il-ny-avait-pas-de-mammouth-au-menu/ /scandale-il-ny-avait-pas-de-mammouth-au-menu/#respond Wed, 10 Feb 2016 21:23:38 +0000 /?p=5524   Je sens que je vais encore briser du rêve. La légende courait pourtant depuis 1951. Cette année-là, les happy few triés sur le volet, attablés dans la grande salle de bal du Roosevelt Hotel de New York pour le célèbre dîner de gala annuel du très select Club des Explorateurs, s’étaient vu servir, entre […]

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Je sens que je vais encore briser du rêve.

La légende courait pourtant depuis 1951. Cette année-là, les happy few triés sur le volet, attablés dans la grande salle de bal du Roosevelt Hotel de New York pour le célèbre dîner de gala annuel du très select Club des Explorateurs, s’étaient vu servir, entre autres gourmandises lointaines et exotiques de rigueur, du mammouth – censément un morceau de mammouth laineux  (Mammuthus primigenius), cuvée -250000 ans. En tout cas, c’est ce qui se racontait parmi les membres du Club des Explorateurs. Jack Horner lui-même, paléontologue américain célèbre pour avoir inspiré à Michael Crichton le personnage principal de Jurassic Park, se rappelle par exemple qu’à son premier dîner en tant que nouvel impétrant, l’anecdote du mammouth de 1951 lui avait été servie. Assortie de la promesse qu’un jour, on en resservirait peut-être pour de vrai…

 

Le Club des Explorateurs… du goût

Si vous ignorez totalement ce qu’est le Club des Explorateurs, sachez avant que nous explorions leurs étranges coutumes culinaires, qu’il s’agit d’une société américaine fondé en 1904. Comme son nom l’indique, elle rassemble la crème de l’exploration, entendue de nos jours au sens large : en font partie majoritairement des scientifiques qui cherchent désormais à repousser les limites de la connaissance plutôt que quelque tribu hostile d’une jongle impénétrable. Le Club des Explorateurs est notamment connu pour une série de premières réussies par ses membres, comme les deux pôles (Nord, par Peary & Henson en 1909, Sud, par Amundsen en 1911), l’Everest (Hillary & Norgay, 1953), les grands fonds (Piccard & Walsh en 1960) ou la Lune (Armstrong, Aldrin & Collins, 1969). Il décerne pour plus haute récompense une médaille dont ont été honorés, entre autres, Mary Leakey (1989), Jane Goodall (1993), E.O. Wilson (2009), ou Neil deGrasse Tyson, pour la dernière, en 2015. Pour être tout à fait complet dans cette mise en bouche, précisons que ce Club des Explorateurs-là n’a rien à voir avec celui de l’Église adventiste du septième jour, sorte de mouvement scout de l’Église adventiste sans saveur.

Bref. Revenons à nos mammouths.

Comme la plupart des belles histoires, celle du mammouth servi au gala du Club des Explorateurs en 1951 était trop belle pour être vraie. On doit à un groupe de chercheurs du département d’Ecologie et de Biologie évolutionnaire de l’université Yale. L’histoire, telle que l’équipe a pu la reconstituer, est relatée dans PLOS One1.

 

Vous reprendrez bien un peu de Megatherium ? ou de mammouth?

En réalité, dès 1951, il était déjà douteux que la viande qui accompagnait les crabes géants, la soupe de tortue verte et le steak de bison fût bien du mammouth.

Cette année-là, en effet, l’organisateur du banquet était un certain Wendell Phillips Dodge. Dodge était un circumnavigateur, mais aussi un imprésario de cinéma qui avait le sens de la publicité… A l’approche du gala, il avait envoyé un communiqué de presse annonçant de la « viande préhistorique » au menu. Certains convives furent persuadés d’avoir dégusté du mammouth — les comptes rendus de l’époque indiquent que la bête avait été trouvé dans les Aléoutiennes par le révérend Bernard Hubbard, un explorateur alaskien connu sous le sobriquet de « prêtre des glaciers » et le Capitaine Georges Francis Kosco, de l’US Navy, qui avait mené plusieurs expéditions polaires et collecté divers spécimens pour le Smithsonian.

Mais d’autres convives, eux, pensèrent avoir dégusté du paresseux géant du genre Megatherium – ici, on observera que derrière la petite histoire culinaire se nichait un vrai questionnement pour les paléontologues : si de la viande de mégathérium avait été effectivement trouvée dans les aléoutiennes, cela aurait conduit à revoir radicalement l’histoire évolutive des paresseux terrestres puisque le registre fossile de Megatherium est uniquement circonscrit à l’Amérique du sud !

Les localités fossiles montrent que le prétendu animal , collecté dans les Aléoutiennes et servi au Club des explorateurs en 1951, aurait difficilement pu être un mégathérium, circonscrit à l'Amérique du sud.

Les localités fossiles montrent que le prétendu animal , collecté dans les Aléoutiennes et servi au Club des explorateurs en 1951, aurait difficilement pu être un mégathérium, circonscrit à l’Amérique du sud.

 

L’histoire aurait pu s’arrêter là, et chaque explorateur aurait continué à se demander s’il avait mangé du mammouth ou du paresseux.

C’était sans compter sur un dénommé Paul Griswold Howes, qui, dépité de n’avoir pu se rendre au dîner, pria Dodge, l’organisateur-imprésario, de lui adresser quelque reste de l’animal préhistorique, afin qu’il pût les exhiber dans les collections du Bruce Museum (Greenwich, Connecticut), dont il était conservateur. Dodge s’exécuta, envoya un morceau de barbaque, avec l’étiquette Megatherium et non mammouth.

Ce relief de prétendu paresseux terrestre resta sur les étagères du musée jusqu’en 2001, date à laquelle il intégra les collections de mammifères du Peabody Museum of Natural History de Yale. C’est là qu’Eric Sargis, professeur d’anthropologie et co-auteur de l’étude, décida de s’y intéresser avec l’aide de deux de ses étudiants…

La viande servi au dîner du Club des Explorateurs en 1951. Courtesy of the Peabody Museum of Natural History, Yale University, New Haven, CT, USA.

La viande servi au dîner du Club des Explorateurs en 1951. Courtesy of the Peabody Museum of Natural History, Yale University, New Haven, CT, USA.

 

Par contre, il nous reste un peu de tortue…

Ils se plongèrent dans les archives et la barbaque, dont ils parvinrent à récupérer et séquencer un peu d’ADN, un bout de gène encodant pour une protéine présente dans la membrane des mitochondries suffisant pour procéder à des analyses comparatives. Ils rapprochèrent cette séquence avec celle connue pour le mammouth laineux et celle d’un paresseux terrestre proche du genre Megatherium. Et constatèrent que les explorateurs s’étaient fait enfler : l’animal préhistorique promis par Dodge n’était autre que de la tortue verte (Chelonia mydas), celle-là même qui figurait au menu sous forme de soupe.

Certes, les chercheurs reconnaissent que ceci ne prouve pas définitivement que les membres du Club des Explorateurs n’ont pas mangé quelque chose de préhistorique en 1951. L’échantillon envoyé à Howes, le convive absent, est de la tortue verte, mais cela n’exclue pas que les convives présents, eux, aient pu manger autre chose… Les auteurs observent toutefois que cela est peu probable car rien n’indique que Hubbard ou Kosko, censés avoir exhumé l’animal du permafrost des Aléoutiennes, aient jamais découvert un mammouth ou un paresseux congelé— Hubbard a pourtant décrit de nombreux spécimens trouvés en Alaska et laissé de nombreuses photos, mais nulle trace de l’un ou de l’autre dans les archives.

Ce qui est encore plus intéressant est que le faussaire, Dodge, a lui-même avoué sa supercherie juste après le dîner. Dans le Journal du Club des Explorateurs, il laissa en effet entendre qu’il avait pu inventer « une potion grâce à laquelle il pouvait transformer, mettons Cheylone mydas Cheuba [sic] de l’océan Indien en un paresseux géant du puits de l’Hadès des Aléoutiennes ». Chacun aurait dû comprendre que tout ceci n’était qu’une blague. Or il n’en fut rien, ce qui montre à quel point même les scientifiques les plus sérieux peuvent se voiler la face lorsqu’ils n’ont pas envie de regarder la réalité en face… D’autres eurent des motivations moins avouables. Arnold Herslev Haverlee, qui fut chef pour de nombreux dîners du club, dont celui de 1954 où il eut le bon goût de servir de l’ours polaire à Tensing Norgay et Werner von Braun, prétendit ainsi avoir été aux fourneaux pour cuisiner le mammouth de 1951. Il faut dire que le Sportsmen’s Club de South Glastonbury (Connecticut) avait contacté le club pour obtenir son aide afin de trouver du mammouth pour son dîner annuel, avec la bagatelle de 20000$ à la clé.

 

De la viande préhistorique pourrie à la tarentule

L’histoire illustre aussi à merveille la fascination qu’exercent les animaux lointains, méconnus ou disparus, en particulier sur les estomacs les plus aventureux, assortie, pour le mammouth, d’une interrogation un poil malsaine : de la viande qui est restée congelée pendant des siècles est-elle encore consommable (malsaine, car les première mentions d’un mammouth congelé étaient formelles : la carcasse étaient tellement pourrie que l’on ne pouvait tenir qu’un minute en sa présence…) ?

En attendant que des mammouths clonés repeuplent les toundras pour satisfaire ces appétits imbéciles, on peut se réjouir que le Club des Explorateurs ait aujourd’hui troqué les fastes de la fantaisie préhistorique et exotique pour des agapes plus développement durable, à base d’insectes (suivant en cela les préconisations de la FAO pour développer l’élevage et la consommation humain de ces sources de protéines sur 6 pattes).

Exit la soupe à la moelle d’élan de jadis, les classiques pythons et autruches, les savoureux pénis de bouc et testicules de taureaux ou encore ce duo d’alligators rôti à faire pâlir de jalousie Jean Dujardin…

Cliquer ici pour voir la vidéo.


… et place aux tarentules frites, brochettes de sauterelles enroulées dans du bacon et canapés aux cafards sur lits de chèvre et d’endives.

Qu’on se rassure, à voir la tête des convives, l’esprit d’aventure ne s’est pas entièrement perdu (les explorateurs sont en bleu ; il y en a eu pour 15000 $ rien qu’en insectes quand même) :

Women hold a cockroach and a tarantula to their mouths at the 110th Explorers Club Annual Dinner at the Waldorf Astoria in New York March 15, 2014. (Photo by Andrew Kelly/Reuters)

Dîner du Club des Explorateurs 2014: la tarentule remplace le mammouth(Photo by Andrew Kelly/Reuters).


 

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La tête dans le moteur: amphétamines, whisky et toiles d’araignée /la-tete-dans-le-moteur-amphetamines-whisky-et-toiles-daraignee/ /la-tete-dans-le-moteur-amphetamines-whisky-et-toiles-daraignee/#comments Tue, 09 Feb 2016 17:10:08 +0000 /?p=5506   HEADBANGING SCIENCE N°42 Motörhead, Motörhead Dites-moi, ça tombe dru chez les chanteurs à texte en ce moment ! David Bowie (qui avait fait l’objet d’un headbanging science consacré à la vie sur Mars) ; Michel Delpech (qui avait l’objet d’un… ah ben non) ; et il y a quelques temps à peine, Lemmy ! Lemmy, […]

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HEADBANGING SCIENCE N°42

Motörhead, Motörhead

Dites-moi, ça tombe dru chez les chanteurs à texte en ce moment ! David Bowie (qui avait fait l’objet d’un headbanging science consacré à la vie sur Mars) ; Michel Delpech (qui avait l’objet d’un… ah ben non) ; et il y a quelques temps à peine, Lemmy ! Lemmy, ou Ian Fraser Kilmister pour l’était-civil, né le 24 décembre 1945 et mort le 28 décembre 2015, donc, était le bassiste, chanteur et parolier de Motörhead. Une véritable icône à qui je n’avais pas encore consacré de headbanging science. Réparons l’oubli.

Et pour cela, plongeons les mains dans le cambouis, ou plutôt la tête dans le moteur, avec le titre Motörhead, sur l’album Motörhead, première sortie du groupe… Motörhead (c’est bien, il y en a qui suivent), paru en septembre 1977, et à ne pas confondre avec Motorhead, de… Hawkwind (ah ça se complique, hein !), précédent groupe de Lemmy, pour qui il avait écrit certains titres, dont celui-ci (le dernier). Ouf.
On fait tourner le moteur avec ce gentil live non localisé de 1981, avec le line-up historique Kilmister — Clarke — Taylor (lui-même mort sans bruit quelques semaines avant Lemmy) :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

 

Motörhead et la science, dit comme ça, ce n’est pas tout de suite évident. Suite au décès de Lemmy, un fan du nom de John Wright, a bien tenté de lancer une pétition pour que pour que l’un des quatre derniers éléments chimiques du tableau de Mendeleïev — des « métaux lourds » — prenne le nom de « Lemmium ». Le problème, c’est que Lemmy s’est défendu toute sa carrière de faire du « métal lourd », justement, revendiquant jusqu’au bout son amour pour le rock en général et les Beatles en particulier. Par ailleurs, l’Union internationale de chimie pure et appliquée (UICPA) qui doit statuer sur les noms de ces nouveaux éléments est censée les nommer d’après toutes sortes de choses (mythologie, minerai, lieu, scientifique) dont ne font pas partie les bassistes avec des verrues sur les joues.

On pourrait tenter d’influence leur jugement en arguant que Lemmy et la chimie, c’était quand même une affaire qui marchait, du moins avec certaines substances. Voire une véritable expérience scientifique ambulante…
Pour s’en persuader, revenons au nom du groupe et du morceau, Motörhead. Une « tête de moteur » désigne en argot un type qui carbure au speed. Non, pas le « speed metal » (encore que Motörhead soit considéré comme un pionnier du genre, en particulier le morceau Ace of Spades, comme quoi tout se tient) mais les amphétamines, le grand amour de Lemmy (avec le whisky, les objets de la Seconde Guerre mondiale, les boobs, le jeu et John Lennon — oui, on pourrait parler de polydépendance).

Les paroles de Motörhead ne font que décrire un long trip aux amphets, avec un chanteur au top au round 1 :

Don’t know how long I’ve been awake,
Wound up in an amazing state,

Un peu down au round 2:

Brain dead, total amnesia,
Get some mental anesthesia,

Mais qui redémarre de plus belle après avoir recharge les accus :

Fourth day, five day marathon,
We’re moving like a parallelogram,

On ne sait pas trop à quoi ça ressemble de se déplacer comme un parallélogramme (enfin vous peut-être, mais moi pas), mais Lemmy décrit dans Motörhead assez fidèlement les effets recherchés par les consommateurs d’amphets, ainsi recensés par drogues-info-services.fr :

Les amphétamines sont utilisées pour leur effet stimulant :

  • diminution de la sensation de fatigue et prolongation de l’éveil,
  • euphorie, exaltation, accroissement de l’activité intellectuelle,
  • accroissement et prolongation de l’endurance physique,
  • augmentation de la confiance en soi.

Elles ont aussi beaucoup utilisées pour leur effet coupe-faim.

(Au sujet du dernier effet, rappelons que Lemmy avait des goûts culinaires déplorables, détaillés dans cet hilarant article du Guardian)

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Les amphétamines chères à ce fin gourmet forment en réalité toute une famille de substances stimulantes dérivées de l’amphétamine proprement dite (pour les apprentis chimiste : c’est une phénéthylamine à laquelle a été rajouté un groupement méthyle en position alpha, ce qui nous donne Alpha-Méthyl-PHÉThylAMINE, bingo ! vous avez toutes les lettres pour composer le mot amphétamine ; pour les non chimistes, demandez du speed, ce sera plus simple). La phénéthylamine (ou phényléthylamine, on trouve les deux graphies, et si vous y comprenez quelques chose, écrivez-moi) est un alcaloïde (i.e. une molécule à base azotée) qui, secrétée naturellement par notre corps, joue un rôle de neurotransmetteur. L’activité physique et le fait d’être amoureux favorisent sa production. En cas de carence, en revanche, c’est la fatigue, la dépression, voire la léthargie. En modifiant artificiellement plus ou moins la molécule, on obtient des effets ou des combinaisons d’effets différents : psychostimulant, hallucinogène ou anorexigène.

Lemmy n’a pas été le premier à tester ces réglages, mais ses prédecesseurs, n’étant pas des musiciens sur la route, ne recherchèrent pas forcément les mêmes effets. La première synthèse d’amphétamine fut en effet été réalisée dès 1887. Durant la Première Guerre mondiale, un chimiste allemand voulut d’abord l’utiliser comme sérum de vérité. Puis ses vertus bronchodilatatrices furent exploitées à l’échelle industrielle — notamment sous le nom commercial de Benzédrine, un inhalateur qu’on recommandait aussi bien pour les pilotes de chasse que pour les enfants.

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Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’ensemble des belligérants cherchèrent à améliorer les performances et l’endurance de leurs soldats à l’aide des amphétamines. Les Allemands mirent même au point une « super-drogue » à base de cocaïne, d’amphétamine et de morphine, connue sous le nom de code « D-IX ». Testée sur les prisonniers du camp de Sachsenhausen, elle permettait aux cobayes qui ne devaient pourtant pas être en bon état d’effectuer des marches de 80 km avec 20 kg sur le dos. Elle en tuait aussi un bon paquet d’épuisement. La fin du conflit empêcha de toute façon les nazis de distribuer la pilule miracle à l’ensemble de leurs troupes, comme ils en avaient l’intention.

Après-Guerre, les civils se réapproprièrent ses vertus. Kerouac, qui la découvrit en 1945, fut un consommateur frénétique de benzédrine, une sorte de Lemmy littéraire. Il en perdit un temps presque tous ses cheveux et fut affligé de thrombophlébite. Accessoirement, la benzédrine lui permit aussi de pondre son Sur la route en à peine trois semaine. Un rythme de travail effréné — ou plutôt de dactylo, persiflait Truman Capote — qui dit bien l’apport de la drogue pour qui cherche à repousser ses limites.

Délaissant un temps les astres, les chercheurs de la Nasa se sont intéressés aux effets de diverses drogues, dont les amphétamines, sur des cobayes assez particuliers : des araignées. L’idée peut paraître saugrenue (hey, ça donne quoi une araignée stoned ?) mais l’expérience ne manque pas d’une certaine élégance : quoi de plus parlant, en effet, que la forme que peut prendre une toile d’araignée sous l’emprise de divers drogues ?

En temps normal, c’est-à-dire lorsque l’araignée de maison lambda peut tranquillement tisser sa toile sans qu’on vienne l’emmerder, une toile ressemble à ça :

normal

 

Un peu de marijuana et on sent tout de suite que l’araignée, pleine de bonne volonté, a perdu sa concentration en cours de route et fini par lâcher l’affaire pour aller s’affaler quelque part, dans l’équivalent d’un canapé pour araignée:

marijuana

 

Avec de l’hydrate de chloral, qui entre dans la composition des somnifères, c���est relâche totale : la toile est finie avant même d’avoir commencé :

chloralhydrat

 

Les araignées sous Benzédrine, elles, tricotent avec enthousiasme, à la Kerouac, mais apparemment sans trop calculer ; il en résulte un machin avec des grands trous façon Thérèse :

benzedrine

 

Mais ce n’est rien par rapport aux araignées droguées à une drogue que nous affectionnons tous, la caféine. Là, les araignées font vraiment n’importe quoi, comme si elles n’avaient pas leurs huit yeux en face de leurs huit trous, ça ne ressemble à rien, et c’est peut-être à méditer :

caffine

 

Cette parenthèse arachnéenne refermée, revenons à notre Après-Guerre amphétaminé. La toxicomanie légale aux amphétamines ravagea bon nombre de pays, à un point qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui. Deux millions d’accros à la méthédrine au Japon dans les années 1950 ; des prescriptions à tour de bras dans la Suède des années 1960 ; pas moins de 31 médicaments à base d’amphétamine fabriqués par 15 firmes pharmaceutiques aux États-Unis à l’orée des années 1970… Ce fut le moment de la prise de conscience de l’ampleur du phénomène et de la mise hors la loi des amphétamines. Il faut se rendre à l’évidence : les autorités sanitaires du monde libre avaient sans doute senti Lemmy et ses excès débarquer…

Après une période LSD (sous l’ère Hawkwind et auparavant lorsqu’il était roadie de Hendrix), Lemmy a en effet passé l’essentiel de sa carrière à s’envoyer du speed en quantités inhumaines, au point que son incompréhensible survie avait finir par devenir un sujet de questionnement récurrent de la part des fans et des journalistes et un cas d’école pour la médecine. Ainsi que le souligne Alexis Bernier dans un papier récent de Libération, le monolithe n’était toutefois pas indestructible. Les années 2000 l’avaient accablé d’une série de pépins physiques, avec, cerise sur la gâteau, la pose d’un défibrillateur, assortis d’annulation de concerts (et il faut bien reconnaître que, sur scène, ce n’était plus vraiment ça depuis un moment). Il avait d’ailleurs consenti, effort suprême, à troquer le whisky pour la vodka (essayez de la faire à votre médecin celle-là, ça va le faire rire)… Même avant ces petites baisses de régime, Lemmy ne s’est jamais abaissé à faire la publicité de son mode de vie extrême. Les amphets, c’était son truc (et les amphets seulement, il haïssait l’héroïne), pas un exemple à suivre. Cette intelligence et cette lucidité méritent d’être relevées.

L’inexplicable tenue de route de bolides psychotropes incontrôlables à la Keith Richards pourraient laisser croire qu’à condition de maîtriser son sujet on peut s’en sortir impunément (telle était parfois la teneur des hommages rendus à l’endurance du phénomène Lemmy). Il n’en est rien.

Psychiatre addictologue et par ailleurs fondu de métal (il écrit des textes pour Satan Jokers ; ça ne vous dira rien, ils n’ont même pas de page wikipédia, mais l’été 1983, leur premier album a fait les délices de mon électrophone Thomson…), Laurent Karila rappelait ainsi en 2014 dans un chouette décryptage de l’addiction de Lemmy au speed que le cas du chanteur était une exception inexplicable. Il insistait surtout sur le fait que le cas Lemmy était bien loin de celui des patients qu’il voit en consultation :

Lemmy déclare avoir toujours contrôlé sa consommation d’amphétamines. Cela toujours été un dopant pour lui lorsqu’il était roadie puis musicien en tournée. A partir de ses 30 ans, il se met à boire du Jack Daniels. Sa consommation déclarée d’alcool est de l’ordre d’une bouteille/jour. Lemmy a une vision de sa double consommation comme étant quelque chose de rationalisé comme l’alcool de contrebande consommé par les grands-pères dans de lointaines contrées soviétiques. Comme Ozzy Osbourne, Keith Richards, ces guerriers de la route et de la scène sont des extra-terrestres de la came ayant survécu à des années d’abus et d’excès. Lemmy n’a jamais été en desintox’. Il en a une vision un peu cynique. On a même l’impression qu’il ne s’est jamais senti touché par l’addiction. Cette résistance aux drogues est probablement génétique, comportementale, tempéramentale. Médicalement parlant, Lemmy aurait dû mourir plusieurs fois.

Bon il n’est mort qu’une seule fois. C’est qui suffit sans doute pour suggérer à qui n’aurait pas ses facultés de résistance hors-norme qu’il ne serait pas déraisonnable de suivre les conseils de réduction des risques liés aux amphétamines prodigués par drogues-info-services.fr (oui, c’est le passage Soyons responsables) :

  • Eviter de prendre des amphétamines en cas d’antécédents ou de problèmes cardio-vasculaires, d’hypertension, d’épilepsie, d’asthme ou de tétanie.
  • Attention aux doses : les premières fois, attendre de connaître les effets sur soi avant de chercher à consommer plus ou plus souvent.
  • Lorsqu’on a pris des amphétamines, boire de l’eau régulièrement pour compenser la déshydratation mais ne pas en boire en trop grande quantité d’un coup. En effet, en cas d’insuffisance rénale provoquée par les amphétamines, l’eau n’est plus éliminée correctement. A ce moment-là un excès trop brutal d’eau pourrait provoquer un œdème cérébral mortel.
  • Eviter de mélanger les amphétamines avec d’autres substances psychotropes et notamment l’alcool.
  • En cas de consommation en sniff, ne pas partager sa « paille » pour éviter la transmission de l’hépatite C. En injection, utiliser sa propre seringue pour éviter la transmission de l’hépatite C et du sida.
  • Lors de la descente, prévoir un temps de repos, de détente, et manger des produits vitaminés et sucrés.
  • En cas de crise (paranoïa, délire, distorsion des perceptions…) de la part de l’usager, l’entourage doit s’employer à garder son calme, appeler les secours et tenter de calmer et rassurer la personne.

Mais il y a pire que les têtes de pioche, il y a les têtes de moteur. Il est probable que Lemmy n’aurait rien écouté de tout cela, et notamment la recommandation liée à l’alcool. Le magazine professionnel Food & Beverages l’a d’ailleurs bien compris, qui s’est empressé de rebaptiser le whisky-coca en Lemmy.

foodbeveragelemmydrink

En attendant que les instances de la chimie mondiale prennent leur décision à propos du « Lemmium », c’est toujours ça de pris.

 

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À propos de musique et d’Islam, de singes et de porcs, de djihadistes et de The Clash… oh et puis aussi de tatous /a-propos-de-musique-et-dislam-de-singes-et-de-porcs-de-djihadistes-et-de-the-clash-oh-et-puis-aussi-de-tatous/ /a-propos-de-musique-et-dislam-de-singes-et-de-porcs-de-djihadistes-et-de-the-clash-oh-et-puis-aussi-de-tatous/#comments Wed, 23 Dec 2015 21:45:48 +0000 /?p=5140 Message de Noël: Nous vivons dans un monde de pinchés tamarin ; Joe Strummer ne l’a pas supporté. Rock the Casbah!

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HEADBANGING SCIENCE N°41

The Clash, Rock the Casbah

 

La première fois que j’ai eu envie de pleurer en lien avec la musique, c’était le 19 février 1980, lorsque j’ai appris à la radio la mort de Bon Scott, le chanteur d’AC/DC. La seconde, le 22 décembre 2002, lorsque Joe Strummer, de The Clash, a rejoint le paradis des punk-rockers. Comme la suite ne va pas forcément être beaucoup plus gaie, autant mettre un machin un peu rigolo de The Clash : Rock the Casbah, l’un de leurs morceaux ayant rencontré le plus de succès, sorti en 1982 sur l’album Combat Rock. Le clip, c’était ça :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

 

Autant dire que Rock the Casbah, et tout Combat Rock par la même occasion, ne fait pas partie du meilleur de ce qu’a pu produire The Clash. On approche tout doucement de la fin : Topper Headon a déjà été viré, Mick Jones mettra les bouts pour former BAD l’année suivante, et tant l’immonde chemise jaune de Strummer que le béret rouge de Simonon semblent prémonitoires du phénoménal mauvais goût de ce qui sera l’ultime album du groupe 3 ans plus tard.

Sur le plan musical, le morceau, composé par Headon, s’écoute — MTV, naissante, permettra d’en faire un hit planétaire ; une nouvelle ère du music business pointe clairement son nez.

Bref, si Rock the Casbah nous intéresse ici, c’est surtout pour ce que les paroles racontent.

Le clip nous montre tantôt un arabe et un juif faisant les guignols, tantôt le groupe chantant devant un puits de pétrole. Le désert est de pacotille, puisque filmé à Austin, au Texas, et c’est bien là l’unique raison valable qui puisse expliquer la mystérieuse présence à l’écran d’un tatou. Ça n’a pas tellement de sens, sinon prôner peut-être l’avènement de relations plus joyeuses entre Israéliens et Arabes, même s’il faut pour cela courir après des tatous. À l’heure actuelle, les tatous courent toujours.

Les paroles, qui mélangent à l’argot clashien habituel des termes arabes, hébreux, et même sanskrits (vas-y, tout ce qui est à l’est de la Trinité-sur-Mer, ça peut le faire, on comprendra que ça n’est pas de chez nous), trouvent aujourd’hui une résonnance particulière. Rock the Casbah évoque en fait l’interdiction de la musique rock dans l’Iran de l’Ayatollah Khomeini. Ce dernier n’est pas nommé, mais le « Shareef du The Shareef don’t like it », c’est lui (un chérif est l’appellation d’un descendant de Mahomet). Et ce qu’il n’aime pas, c’est entre autres choses la musique, cette réjouissance bestiale du dégénéré impie :

By order of the prophet / We ban that boogie sound

Degenerate the faithful / With that craazy Casbah sound

 

Dans la suite du morceau, l’interdiction ne fait pas recette, et même les pilotes de jet chargées de bombarder la populace musicolâtre récalcitrante finissent par préférer écouter la radio que leur guide enturbanné.

Nous en venons à la troisième fois où j’ai eu envie de pleurer à cause de la musique. C’était le 13 novembre 2015. Bataclan, Eagles of Death Metal, État islamique, pleurs et terreur, je ne vais pas vous faire un dessin. Juste une transition.

Dans le sillage de ces événements a refleuri sur Internet la vidéo d’un imam fondamentaliste de la mosquée de Brest, Rachid El Jay dit Rachid Abou Houdeyfa, s’adressant à de jeunes enfants. On peut y voir ce sinistre con, entre autres propos consternants, expliquer doctement que « La musique est la créature du diable. (…) Ceux qui chantent, le prophète a dit qu’ils seront engloutis sous la terre. Ils seront transformés en singes ou en porcs ». Le prédicateur explique ensuite qu’il s’agit d’une métaphore (le passage a été coupé dans le montage — donc tendancieux — qui a fait le buzz post attentats) et que cette transformation s’opère dans la tête : en écoutant de la musique, les gens deviennent bêtes, hypocrites, mauvais. En conséquence de quoi il ne vaut mieux pas que les enfants apprennent un instrument.

Chef ? Oui quoi ? Je crois que ce sont des percussions, pas des instruments à vent… Tais-toi et brûle.


 

Ces propos entraient en résonnance avec une actualité de février 2015 rapportant que la branche libyenne de l’État islamique s’amusait à brûler publiquement des instruments de musique, et plus particulièrement des caisses de batterie et des saxophones, qualifiés d’instruments « non-islamiques ».

Intrigué par cette cascade d’événements anti-musique répondant à trente ans de distance au Rock the Casbah de Clash, j’ai ensuite découvert que le rappeur Kery James avait après sa conversion à l’islam banni les instruments à vent ou à cordes de sa musique. Je me suis demandé ce qui pouvait bien, dans l’Islam, normal ou pathologique, provoquer cet acharnement contre la musique et certains instruments, avec l’espoir (un peu vain) que cerner l’origine historique de cet interdit pouvait s’avérer intéressant (tout comme l’était celle de l’interdit alimentaire du porc, traitée dans ce billet).

Je reprends donc ici ce que disait l’ethnomusicologue Christian Poché dans un papier paru dans Libé en 2001.

Christian Poché note d’abord que l’islam naissant n’a fait que reprendre la phobie de l’instrument comme facteur de désordre social que l’on trouvait dans le christianisme — le genre de filiation qu’il est toujours bon de souligner. Il rappelle ensuite que le Coran ne parle pas de « musique » — et pour cause, c’est un mot grec que les Arabes emprunteront au XIe siècle ! Seul le terme « chant » est alors employé et apparemment, le Coran n’en parle même pas. En fait, seul un instrument précis est explicitement banni, la lyre, qui était jouée collectivement par les femmes à des fins thérapeutiques (la musicothérapie ne date pas d’hier), activité qui empiétait ainsi sur le commerce avec l’invisible réservé au religieux. Au fil du temps, l’instrument a réellement disparu et le mot lyre n’a plus rien signifié pour les théologiens et les lexicographes, qui ont décrété que tous les instruments à cordes devaient être proscrits. Et pan pour la Fender Telecaster modèle 66 de Joe Strummer.

Et les instruments à vent ? L’existence du biniou pourrait justifier à lui seul qu’ils soient interdits, mais c’est un peu plus complexe que cela. Selon notre ethnomusicologue :

L’instrument à vent a beaucoup gêné l’islam naissant. Pourquoi? La musique arabe est vocale. Qui dit musique vocale, dit texte, or quand celui-ci est inintelligible, on tombe dans le monde obscur. L’idée d’une musique instrumentale qui, pour nous, va de soi, n’existe pas dans la mentalité arabe, il faut qu’elle soit accompagnée de paroles. L’instrument à vent n’a pas de parole, il gêne.

Pour autant, la tradition musulmane n’a été longtemps qu’indifférente à la musique profane et la musique a d’ailleurs été un art important de l’islam. La crispation anti-musicale dénoncée par Rock the Casbah n’est donc qu’un gadget de plus dans la panoplie pseudo traditionnelle d’une minorité fanatique avant tout préoccupée d’asseoir son emprise idéologique — du reste, en bons militaires, les jihadistes ne renient pas la musique puisque Daesh a même un hymne officieux (ce doit être très beau, mais on va s’épargner ça aujourd’hui).

Je joue ou je joue pas, qu'est-ce qu'ils disent ? Rien. Je joue pas alors ?

Je joue ou je joue pas, qu’est-ce qu’ils disent ? Ils disent foutrement rien. Je joue pas alors ?


 

Et les singes dans tout ça ? Les porcs, on sait qu’ils ne sont pas en odeur de sainteté, mais les singes, qu’est-ce qu’ils ont encore fait ces pauvres bêtes ? Être transformé en singes et en porc est en fait le châtiment divin réservé par Allah aux juifs. C’est une sorte de marotte antisémite que l’on retrouve du Coran à la littérature (avec plus d’inventivité, on peut avoir des juifs transformés en lézards aussi — peut-être si on manque de place) en passant par les sermons des dignitaires religieux les moins recommandables.

Alors, histoire de conclure sur le ridicule de tout cela, allons jusqu’au bout de la logique. Si j’écoute trop the Clash, je vais finir par me transformer en singe. OK, OK, admettons. Ça sous -entend en tout cas que les singes adorent la musique. Qu’elle est un trait de leur bestialité, alors que les hommes sont au-dessus de tout ça. Que tu leur envoies London Calling dans la canopée et que ça tombe comme des mouches. Bon. Ben pour les porcs, je ne sais pas (on fait peu d’études de psychologie porcine, c’est un manque), mais il se trouve qu’en ce qui concerne les singes, nos braves ayatollahs de la musique sont complètement à côté de la plaque.

Parmi différentes études comparatives qui cherchent à déterminer si notre sensibilité musicale est propre aux primates humains ou si elle s’ancre au contraire plus anciennement dans notre histoire évolutive et peut donc s’observer chez des espèces cousines, deux chercheurs, Marc Hauser et Josh MCDermott ont essayé de savoir si les singes aiment la musique 1. Ils ont pour cela utilisé des petits singes du Nouveau Monde, des pinchés tamarins, qu’ils faisaient entrer dans une cage en « V ». Chaque branche du V se terminait pas une enceinte, qui n’envoyaient la sauce qu’une fois un singe positionné devant. Chaque enceinte émettant un son différent, il suffisait aux chercheurs de mesurer le temps passé par chaque individu exposé à différents sons. Dans une première version de l’expérience, les singes n’ont manifesté aucune préférence pour des intervalles dissonants ou consonants — les humains, eux privilégient dans 90% des cas les intervalles consonants. Puis, exposés à différentes sortes de musiques et de rythmes, les singes ont marqué des préférences pour les rythmes lents par rapport aux rythmes élevés et aux volumes sonores élevés. Mais par-dessus tout ils préféraient encore plus le silence et qu’on leur fiche la paix ! La conclusion des chercheurs est donc sans appel : les singes n’aiment pas la musique et le plaisir qui nous pousse à en produire et à en écouter semble être une caractéristique purement humaine. C’est d’autant plus amusant que les pinchés ont pour nom allemand Lisztaffe en référence aux cheveux blancs de Franz Liszt.

Pour en terminer avec tout ceci et en revenir à Rock the Casbah, en 2006, un magazine a placé ce morceau au vingtième rang dans un palmarès des chansons de rock les plus conservatrices. Pourquoi ? Parce que d’autres sortes de singes, les soldats US, en avaient fait un de leurs morceaux de prédilection lors des guerres du Golfe et d’Irak… Suite aux attaques du 11 septembre 2001, Rock the Casbah sera même été listée comme inappropriée par la multinationale de l’entertainment Clear Channel Communications, aujourd’hui IHeartMedia…

Cruelle ironie du sort pour celui qui dénonçait, à travers Rock the Casbah, l’intolérance envers la musique, et clora Streetcore, dernier album de son groupe solo, les Mescaleros, par Ramshackle Day Parade, très belle chanson en mémoire des attentats du 11 septembre 2001… Un album malheureusement posthume. Joe Strummer est mort le 22 décembre 2002 d’une maladie cardiaque qui n’avait jamais été diagnostiquée. J’aime à croire qu’il n’aurait de toute façon pas pu tenir plus longtemps dans un monde haïssant autant la musique.


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