Classification du genre Homo: affrontez un enfant de 3 ans 4


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Voici un petit quiz sur le genre Homo…

En juillet 2012, Le Point consacrait un dossier à un sujet intéressant : D’où vient (vraiment) l’homme ? Et présentait à l’occasion une galerie de portraits d’hominines dont la face a pu être reconstituée, de Sahelanthropus tchadensis au genre Homo, dont les Sapiens anatomiquement modernes.

Classification du genre Homo: affrontez un enfant de 3 ans

 

Comme j’avais sous la main un sujet coopératif en la personne d’un enfant de 3 ans (peut-être un peu moins, je ne me rappelle plus du moment exact de ce test), j’en ai profité pour réaliser une petite expérience. Pour chaque reconstitution, mon sujet devait dire s’il s’agissait d’un « monsieur » (ou d’une dame) ou d’un « singe ». Histoire de voir à quel moment, intuitivement, lui-même faisait démarrer l’histoire du genre Homo…

Voici les portraits (deux sont scannés du magazine, les autres non, mais il s’agit de la même reconstitution) et les réponses du sujet. Vous pouvez jouer aussi, mais en répondant « genre Homo » ou « autre lignée » de façon à ce que soit taxonomiquement un peu plus correct.

Classification du genre Homo: affrontez un enfant de 3 ans

Réponses du sujet : « SINGE » / « DAME » / « DAME » / « SINGE » / « SINGE » / « SINGE » 

 

Classification du genre Homo: affrontez un enfant de 3 ans

Réponses du sujet : « MONSIEUR » / « DAME » / Vous ne croyez quand même pas que j’ai montré ça à mon fils / « MONSIEUR » / « MONSIEUR » / « MONSIEUR » 

 


Mon sujet a eu 100% de « bonnes réponses ! Et vous ?

Pour la série du haut, vous aurez reconnu (ou pas) :

  • Australopithecus sediba / Afrique du Sud / 1,95 à 1,78 million d’années
  • Homo sapiens / 200 000 ans
  • Homo floresiensis / Indonésie / 95 000 à 12 000 ans
  • Paranthropus boisei / Afrique de l’Est / 2,3 à 1,2 million d’années
  • Australopithecus afarensis (Lucy) / Ethiopie / 3,2 millions d’années
  • Sahelanthropus tchadensis (Toumaï) / Tchad / 7 millions d’années

Et pour la série du bas :

  • Homo georgicus (homme de Dmanissi) / Asie, Europe / 1,8 million d’années
  • Homo neanderthalensis / Europe, Asie / 120 000 à 28 000 ans
  • [piège]
  • Homo ergaster / Kenya, Europe du Sud / 2 à 1 million d’années
  • Homo habilis / Afrique orientale et australe / 2,4 à 1,6 million d’années
  • Homo erectus / Eurasie / 1,7 à 0,5 million d’années

 

Bien entendu, il ne s’agit-là que de reconstitutions, qui reflètent, via les talents des artistes, les spécificités anatomiques et morphologiques marquant la frontière du genre humain. Je trouve tout de même fascinant qu’un enfant de trois ans soit capable de discriminer très rapidement (et pratiquement sans hésitation, à part Floresiensis) entre des taxons que nous regroupons au sein du genre Homo et des taxons un poil (de singe) plus lointains, alors que sur le plan visuel, la différence ne saute pas toujours aux yeux.

Cela m’inspire deux réflexions. La première est que ces reconstitutions sont aussi des représentations, des constructions qui véhiculent de façon plus ou moins conscientes, les a priori des paléoanthropologues sur les fossiles qu’ils décrivent. Un Homo doit ressembler à un Homo, un non Homo à autre chose, en l’occurrence quelque chose d’un peu plus simien. Les différences sont peut-être subtiles, mais elles sont là, et il faut que ça se voit. L’histoire de la paléontologie humaine est d’ailleurs émaillée de guéguerres entre savants pour savoir qui de mon fossile ou du tien se rapproche le plus de l’Homme et non du singe, un travers que résume ici assez bien Pascal Picq :

Mes collègues persistent à croire que tout ce qui ressemble à un chimpanzé est forcément archaïque et que tout ce qui ressemble à l’homme est évolué (…) à cause du gradualisme, on insiste sur les caractères considérés comme propres à la lignée humaine et, par conséquent, tous ces fossiles se retrouvent sur la lignée humaine. (P. Picq, Les origines de l’homme expliquées à nos petits-enfants, Paris, Seuil, 2010, p.81)

On pourrait aller plus loin et se demander si les auteurs n’essayent pas, parfois, de rectifier un peu le tir : prenez la reconstitution d’Australopithecus sediba (première photo du haut) : à voir ce sourire si sympathique, n’a-t-il pas l’air plus « humain » que ce pauvre Homo habilis (avant-dernier du bas), qui semble porter toute la misère du monde sur les épaules ? Après tout, Lee Berger, son découvreur, ne fait pas seulement parler de lui en bousculant les habitudes de travail de ses confrères, mais aussi pour avoir soutenu dès le départ que son australopithèque ferait un très bon pré-Homo, au détriment d’Habilis

Quoi qu’il en soit, un enfant de 3 ans ne se laisse pas avoir par ces finasseries et possède un jugement sûr de ce qui doit être rangé dans la catégorie homme et de ce qui appartient aux singes. Ce qui m’amène à la deuxième chose qui me bluffe dans ce petit jeu : nos impressionnantes connaissances intuitives.

Pour certains psychologues, c’est en effet vers trois ans que les enfants développent une connaissance intuitive de quatre domaines : le langage, la psychologie, la physique et la biologie. En transposant cela à notre histoire évolutive, les anthropologues postulent que ces connaissances intuitives ont pu se révéler particulièrement utile pour nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, ce qui explique que ces traits aient été sélectionnés – par exemple, la physique intuitive, qui permet d’appréhender les propriétés physiques des objets (solidité, poids, inertie… ) aurait aidé à la fabrication des outils, tandis que la psychologie intuitive se serait révélée bien pratique pour nouer des relations et solidifier les groupes. La biologie intuitive, elle, est la capacité à reconnaître et classer les espèces, en particulier les vertébrés et les plantes à fleurs. C’est en quelque sorte une façon innée d’appréhender le monde naturel, autrefois bien pratique pour savoir ce qui devait être chassé et cueilli. Et qui, quelques millions d’années d’évolution plus tard, n’est plus d’une grande utilité au quotidien (les étiquettes au supermarché font le boulot), mais est toujours à l’œuvre chez nos enfants, qui savent très vite distinguer un grand nombre d’espèces animales. C’est ce que montre, je trouve de façon saisissante, notre petit jeu du « Monsieur » ou « Singe ».


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4 commentaires sur “Classification du genre Homo: affrontez un enfant de 3 ans

  • pedro Santamaria

    Il ne peut pas avoir un « Rubicon », puisque bien que l’Évolution puisse faire des sauts (S.J.Gould) elle est en général un « continuum ». Je sais que les taxonomistes groupent en genres et espèces selon des critères scientifiques – fertilité par exemple -. Mais dans la pratique, l’évolution est très graduelle. Maintenant les hybrides ne se feraient pas, mais dans la réalité c’est peu a peu qu’on passe de l’un a l’autre. Ainsi donc si vous aviez disposée d’une photo chaque 100 générations vous auriez une gradation imperceptible et donc, au milieu, un grand moment d’ambiguïté.

    • laurentbrasier

      Merci Eric, tu me diras les résultats. Faudra que je refasse le test à la maison, mais à 4 ans, maintenant qu’il connaît l’homme préhistorique, je doute que les réponses soient toujours aussi naturelles..

  • el_portaplumas

    très intéressant… j’avais noté pour ma part, que les enfants se trompaient moins souvent sur le sexe d’un autre enfant que leurs parents.
    ma fille, petite, avait le cheveu rare (ça va bien mieux aujourd’hui) et ne portait pas de boucles d’oreille (ce qui au Mexique où elle est née est rare pour les filles car il y a un pack chirurgical « accouchement-oreille percée »)… bref très souvent les parents la prenait pour un petit gars. mais les enfants, eux, ne se trompaient que très rarement, ce qui générait parfois des « disputes » avec les parents.