Chaud et froid en enfer 5


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HEADBANGING SCIENCE N°30

Kiss, Hotter Than Hell

Les lecteurs de Ethnologie magazine ne peuvent l’ignorer : le Hellfest approche à grands pas. Le Hellfest : le plus grand festival de musiques écoutables français. L’occasion de découvrir les us et coutumes de peuplades improbables. De faire bisquer Boutin une fois de plus. Et de voir sur scène cette année un mythe masqué : Kiss. Voici la formation classique – le Démon, l’Enfant étoile, l’Homme de l’espace et l’Homme chat – au Cobo Hall de Detroit en 1975, interprétant Hotter Than Hell,  morceau éponyme de leur second LP, paru en 1974 :

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Ainsi qu’il l’a lui-même expliqué, Paul Stanley souhaitait avec Hotter Than Hell concurrencer (et pomper) le All Right Now de Free. Mais il n’a pas trop su comment le terminer, d’où une demi-réussite qui explique peut-être que le morceau est à la fois un classique et un banni récurrent des setlists.

Come on / She looked good / She looked hotter than hell / All dressed in satins and laceI looked at her and it was just too clear / I had to get on the case

Vous vous en doutiez, le thème de Hotter Than Hell n’a pas beaucoup plus d’intérêt sur le plan de la théologie qu’il n’en a pour la science. Il traite, ô inspiration suprême, d’une rencontre de bar « plus chaude que l’enfer »… Toutefois, il vaut peut-être quand même qu’on s’y arrête (mais pas pour les raisons suggérées par le chanteur), car il soulève en effet une vraie question : Plus chaud que l’enfer, c’est chaud comment ? Ou dit autrement : Quelle est la température de l’enfer?

 

La température de l’Enfer, question de physique

Il se trouve que cette question de cour d’école a été pour les physiciens, qui sont de grands enfants, l’occasion d’un débat… enflammé, pour savoir qui, de l’Enfer ou du Paradis, offre l’ambiance la plus hot. Ce débat a été abordé par l’astrophysicien Roland Lehoucq dans ce petit podcast sur le site du CEA et traité plus en détail par l’improbablologue en chef, Pierre Barthélémy, dans une de ses savoureuses chroniques, Lequel est le plus chaud, le paradis ou l’enfer ? Pour un récapitulatif en anglais et en formules, on pourra aussi se référer à cette page de « thermodynamique théologique ».

Alive-II

Kiss Alive 2. Une autre vision de l’Enfer. Source : ADEME

 

Avant de vous condamner à l’Enfer,  je vous propose de faire un petit tour au Paradis.

La source commune de nos physiciens pour connaître la température de ce lieu de villégiature prisé est Ésaïe 30:26 :

Et la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus grande, pareille à la lumière de sept jours, lorsque l’Éternel bandera la plaie de son peuple, et guérira la blessure faite par ses coups.

 

Qui dit rayonnement lumineux dit chaleur. Sur la base d’une lumière ambiante équivalant à 8 fois celle de la Terre (1 pour la Lune, 7 pour le Soleil), deux chercheurs espagnols de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle ont pu établir en 1998, dans les pages de la revue Physics Today, que la température du Paradis était de 231°C (Physics, Bible Used to Reexamine if Heaven Is Hotter than Hell).

Outre le caractère précieux de cette information pour vous aider à préparer votre valise le moment venu, il convient en outre de noter que ce calcul corrigeait un calcul initial erroné, publié anonymement dans Applied Optics, en 1972 (mais remontant vraisemblablement aux années 1950), qui prenait pour hypothèse une luminosité totale de 50 fois celle de la Terre (pour des raisons impénétrables) et aboutissait à une température de 525 °C.

231 °C plutôt que 525 °C pour le Paradis. Soit. Qu’en est-il de la température de l’Enfer ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les textes bibliques sont avares en descriptions – en tout cas plus que les textes des groupes de métal. L’Ancien Testament fait des références à Sheol, terme hébreu désignant simplement le séjour des morts, et Hinnom, une vallée étroite et profonde proche de la Jérusalem antique,  à laquelle le Nouveau Testament se réfère sous le nom de Géhenne (le terme grec de Hadès remplaçant lui celui de Sheol). Selon Wikipédia, la vallée antique de la Géhenne fut transformée en décharge publique où l’on jetait les détritus, les cadavres d’animaux morts, ainsi que les corps des criminels exécutés, indignes d’une sépulture. Histoire de brûler convenablement ces immondices, on y versait régulièrement du soufre, ce qui explique que la Géhenne en soit venue à désigner métaphoriquement un lieu de châtiment pour tout trépassé outrepassant la morale chrétienne.

Une vue proprement insoutenable de la terrible vallée de la Géhenne. (photo : C. Boyer)

Une vue proprement insoutenable de la terrible vallée de la Géhenne. (photo : C. Boyer)

 

Voici à quoi ressemble l’Enfer, selon Apocalypse 21:1-8 :

Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.

Hé oui, c’est le souffre qui va nous servir à établir notre calcul de la température de l’Enfer. Un étang étant quelque chose de liquide, nous sommes en présence de soufre liquide (c’est imparable, ne cherchez pas). Or le point de fusion de cet élément est 115,21 °C et son point d’ébullition 444,61 °C. Cet intervalle de température du soufre à l’état liquide nous permet donc de borner la température qui règne en enfer, à défaut de la connaître précisément.

 

Le Paradis, plus chaud que l’Enfer?

Vous aurez remarqué qu’entre l’un et l’autre, mon thermomètre balance, puisque l’Enfer pourrait bien être plus froid que le Paradis. Heureusement, un chercheur à qui on n’avait rien demandé s’est empressé de compliquer le problème en 1979, dans les pages de l’humoristique Journal of Irreproducible Results, en demandant : « Oui, mais et la pression ? » (une question qu’on entend aussi beaucoup au Hellfest).

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Effectivement, le point d’ébullition d’un élément varie en fonction de la pression. Le but d’une cocotte minute est d’augmenter la pression (couramment de l’ordre du bar) afin de faire passer la température d’ébullition de l’eau de 100 °C à environ 120 °C. À l’inverse, si vous grimpez en altitude, la température d’ébullition de l’eau diminue avec la pression (ce qui fait de la cocotte minute un allié précieux des alpinistes pour faire cuire leurs pâtes). On peut supposer que la pression en Enfer diffère de la pression atmosphérique terrestre standard et influe donc sur le point d’ébullition du soufre (et de l’eau, mais on ne vous laissera certainement pas y cuire vos pâtes, de toute façon).

Pour estimer le nombre d’âmes présentes en Enfer et le volume de celui-ci, notre chercheur est aller pécher les calculs d’un mathématicien du 19e siècle, qu’il a réactualisés en effectuant un certain nombre d’hypothèses, dont celle-ci : on ne peut pas superposer plus de deux couches de damnés sans quoi les damnés des couches intermédiaires échapperaient pour partie aux rigueurs de l’Enfer et seraient en quelque sorte privilégiés !

Il a ainsi pu estimer qu’au moins 29 422 641 251 519 917 000 âmes rôtiraient en Enfer à l’horizon 2000, dans un volume de 7 000 000 m2, correspondant à la vallée réelle de la Géhenne. Soit une pression correspondant à 14,5 milliards d’atmosphères, alors qu’une simple pression de 2,86 atmosphères suffirait pour que le soufre reste liquide à 525 °C (la température de référence pour le Paradis, avant la correction apportée en 1998, suivez donc un peu).

Compte tenu de ce monstrueux écart de pressions, notre chercheur pouvait donc conclure que l’Enfer est bien considérablement plus chaud que le Paradis (même à 525 °C).

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Vous aurez noté que « considérablement plus chaud » figure rarement sur les instruments de mesure et manque donc un peu de précision. Nous ne sommes donc pas vraiment avancés pour répondre à la question initiale : « plus chaud que l’enfer, c’est chaud comment ? »

Sans doute quelques résultats empiriques nous permettraient-ils de compléter ces considérations théoriques... Cette interprétation plus récente de Hotter Than Hell, à Philadelphie en 2009 me donne des idées… voyez ce qui se passe à partir de 3:25 :

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Gene Simmons dans son numéro de cracheur de feu… Sachant que, au sein de Kiss, Simmons est le Démon, il serait logique que ce qu’il crache soit du soufre. Et dans la mesure où un concert de Kiss est bien l’Enfer sur Terre, nous avons la preuve visuelle que le souffre y est bel et bien liquide ! Rendez-vous donc le 22 juin au Hellfest pour évaluer la pression de headbangers au mètre carré afin de déduire de tout cela la véritable température de l’Enfer.


 

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5 commentaires sur “Chaud et froid en enfer

  • Paradis

    Les gloires d’ici-bas, comme des vers luisants, jettent des feux de loin, mais à les regarder de plus près, ils n’ont ni chaleur ni clarté.
    Bon aller, je vous Kiss !

  • MEANTIME70

    Ouais on demande pas que ce soit Ge(g)henne, mais un ptit 20° en journée (et pas qu’à côté du stand saucisses bretonnes) serait bienvenu, et si on pouvait enfin cette année, éviter la couverture de survie la nuit…bref, comme disait ce grand poète Vince N. « Red hot, oh oh red hot to the top ! »

  • Glob

    En parlant de thermomètre, vu comme c’est parti, pour voir afficher 37°C au thermomètre cet été, il va falloir se le mettre au cul.

  • MADJER

    Ah et dans le livre de la révélation (Revelation 7:15-17) on peut lire qu’en fait, il n’y aura pas de soleil brûlant ni de chaleur caniculaire.. C’est une des rares contradictions qu’on trouve dans ce livre d’ordinaire très cohérent.

  • MADJER

    Pour la luminosité totale égale à 50 fois celle de la Terre, cela provient sûrement d’une interprétation du passage de la bible cité. Si la lumière est 7 fois plus grande ET 7 fois plus forte, on peut penser que la luminosité totale est égale à 7 x 7 =49 fois celle sur Terre.